Image
Top
Navigation

L’histoire du pochoir

De la Préhistoire au StreetArt, en passant par le Japon millénaire, le Moyen-Age et la conquête du Nouveau Monde, où l’on croise de drôles de Théorèmes, un certain Hitchcock et Monsieur Mackintosh…

Le pochoir est une technique rudimentaire de reproduction et d’impression par découpe de la forme à reproduire. Au cours des siècles les matériaux utilisés furent des plaques de bois, du papier huilé, des feuilles de métal et aujourd’hui du PVC.

Son histoire est intimement liée à celle de la sérigraphie et de l’imprimerie. Cette technique, au principe et à la mise en œuvre très simples, a souvent été combinée avec la gravure sur bois et la coloration au pinceau.

Les premiers pochoirs connus sont des mains humaines dont on peut voir des traces dans des grottes préhistoriques, certaines ont près de 40000 ans.

art-rupestre

Vers 105 après JC les chinois inventent le papier et dans les siècles suivants ils ”impriment” des images à partir de gravures sur bois rehaussées de couleur avec des pochoirs découpés dans des écorces ou du papier vernis..

Les chinois, puis surtout les japonais, utilisent le pochoir pour la coloration des tissus de vêtements souvent richement décorés.

Les pochoirs japonais (« katagami ») étaient découpés dans du papier qui était au préalable enduit de vernis pour le rendre plus résistant et imperméable. La découpe s’effectuait à la main en double exemplaire. Entre ces deux exemplaires un réseau de fils de soie (peut-être de cheveux) était mis en place pour rendre l’ensemble plus solidaire. Une pâte épaisse était passée à l’aide d’une racle ou d’un pinceau large. Après séchage du dépôt laissé par les parties découpées du pochoir les tissus étaient teints et ensuite lavés pour éliminer la pâte. La finesse obtenue était de l’ordre du millimètre.

hydrangea_katagami_stencil_mma_7b_modifi-1

L’art du pochoir voyage au Moyen-Orient le long des routes commerciales de l’Asie et arrive en Europe au Moyen-Age. Il sera utilisé dans la décoration des églises et la coloration des manuscrits enluminés.

L’origine du mot ”pochoir” provient sûrement des pochons, brosses utilisées pour déposer la couleur sur une planche gravée en relief destinée à l’impression. Pour rendre cette opération plus rapide on utilisait des morceaux de carton dans lesquels on découpait la forme de la zone à colorer.

Alors que le mot anglais ”stencil” provient du latin ”scintilla”, étincelle. Il est probable qu’il désignait l’une des toutes premières vocations du pochoir : consteller d’étoiles les voûtes des églises médiévales.

En effet on trouve, dans les églises et dans les maisons romanes et gothiques, souvent décorées de peintures murales, des vestiges de ces peintures où certains fonds et frises ont été réalisés au pochoir.

ST wulstan_modifi-2

A partir du 15ème siècle la technique du pochoir est conjuguée à celle de la gravure sur bois, elle permet l’impression de couleurs en aplat. Ce système sera appliqué à l’impression de cartes à jouer, de gazettes et surtout de papiers muraux, bien avant les papiers peints industriels du 19ème siècle.

Fragment plus cartes

Aux 17e et 18e siècles l’art décoratif populaire utilise souvent le pochoir soit directement sur les murs, les lambris ou le mobilier, soit sur des tissus tendus, ou sur des papiers muraux commercialisés en feuilles puis, beaucoup plus tard en rouleaux. Ces papiers muraux peuvent être très simples (une seule couleur) ou beaucoup plus travaillés, comportant jusqu’à 20 couleurs et alliant le pochoir et la gravure à la planche.

Panneau_modif2

Au 19ème siècle, les immigrants du Nouveau Monde vivaient de façon très rudimentaire, ils décoraient leur intérieur avec les matériaux trouvés sur place. Ils utilisaient du papier huilé pour créer des pochoirs et fabriquaient des couleurs avec des minéraux, du charbon de bois, de la brique ou du lait caillé. Ils puisaient dans leur propre culture populaire pour créer des motifs décoratifs composés de fleurs, fruits, sirènes, licornes, étoiles, aigles, drapeaux…

Des artistes itinérants, spécialisés dans l’art du pochoir, proposaient leurs services pour décorer murs et meubles, ce qui développa une véritable culture ornementale. Certains artistes créaient même des tableaux appelés ”Théorèmes” faits de nombreuses superpositions de pochoirs.

theoreme 3

Mais bientôt, tapis, tissus et papiers muraux mécaniques remplacèrent les délicats décors au pochoir. Cet art perdurera malgré tout et même vit naître une manufacture, en 1818, créée par Lambert Hitchcock à…Hitchcockville – Connecticut qui produisait des chaises décorées manuellement au pochoir. Cette usine a fermé ses portes en 2006 après avoir fabriqué des chaises décorées par millions et encore très recherchées aujourd’hui. 

Chaises

A la fin du 19e siècle de nombreux modèles de pochoirs étaient disponibles pour les artisans et décorateurs. Ils étaient utilisés dans la décoration des bâtiments publics, églises, manoirs et maisons plus modestes. Mais l’ascension inéluctable du papier peint finit par faire disparaître l’utilisation du pochoir.

Hacienda_modifi 3

Cependant les mouvements artistiques ”Art & Craft” en Angleterre et ”Art Nouveau” en France le remettent au goût du jour dans la décoration intérieure grâce notamment aux architectes William Burges et Charles R. Mackintosh.

fauteuil

Aujourd’hui, depuis les années 80, et en France en particulier, le pochoir est utilisé par des artistes dits de ”l’art urbain” ou StreetArt qui s’expriment au travers d’impressions de pochoirs sur les murs des villes. Parmi les plus connus on peut citer Blek le rat,Jef Aérosol, Miss Tic,Jérôme Mesnager, Mosko, Némo, Banksy.

Banksy

Hommage à 2 créatrices anglaises contemporaines de décoration aux pochoirs

Lyn Le Grice      (photos David Cripps)

LYN_modifi

Althea Wilson     (photos Mark Jones)

ALTHEA